HOKKAIDO

Hokkaïdo
Le Japon sauvage

En remontant les routes du Tohoku au nord de Tokyo jusqu’à Aomori, à la pointe de Honshu, l’on pourrait penser faire face à la mer à perte de vue. Pourtant, à quelques lieues de là, c’est une vaste étendue de terres qui s’offre à nous. Hokkaido, “la voie de la mer du nord”. La plus grande préfecture du Japon. Un lieu à la nature sauvage encore préservée par son climat extrême. S’y aventurer, c’est découvrir un territoire magnifique, véritable joyaux de l’archipel. Des reliefs aussi variés que les spécialités locales, dont les Japonais profitent souvent à l’occasion de séjours consacrés à la pratique des sports d’hiver.
Si l’île évoque souvent des paysages enneigés, elle est également très appréciée en été pour ses températures douces. Tout comme le reste du pays, chaque saison a beaucoup à offrir. Il y a toutefois des trésors dissimulés, témoins d’époques qui ont façonné le Japon d’aujourd’hui. En particulier, l’architecture de certains bâtiments des grandes villes comme Hakodate et Sapporo portent la marque de l’ouverture à l’occident. En effet, Hokkaido a été colonisée et modernisée à l’ère Meiji, pour prévenir l’expansion russe vers le sud. Mais un peuple occupait déjà ces terres : les Aïnous. Ils ont profondément influencé la culture qui s’y est développée.


Le territoire était connu des Japonais depuis longtemps. Lorsque le shogunat des Tokugawa se mit en place à l’aube du XVIIe siècle, une famille en avait déjà investi le sud :
les Kakizaki, ancêtres du clan Matsumae dont la mission sous l’ère Edo était le commerce avec les indigènes alors appelés “Ezo”, ainsi que la protection des frontières nord du pays. Lors de l’annexion débutée en 1869, les Aïnous, vivant de la pêche et de la chasse, se sont efforcés de s’adapter à la modernisation rapide, notamment via l’agriculture. Ces deux sociétés très différentes ont continué de se côtoyer, mais se sont rarement mélangées avant le XXe siècle. Dans les grandes villes, la culture occidentale a pris le pas : universités, mairies, églises, l’usage de la brique apporte une empreinte européenne inattendue au sein de l’archipel. Le quartier Motomachi à Hakodate, la maison rouge de Sapporo et le port d’Otaru en sont des exemples marquants. Les villages, eux, sont demeurés similaires au reste du pays.
Autre conséquence de l’ouverture au monde, Hokkaido est peu à peu devenue un cadre idéal à la pratique des sports d’hiver. Snowboard, randonnée, les Japonais sont très friands de ces activités, accessibles un peu partout dans le pays. Pourtant, l’île du nord reste une destination privilégiée. Sa capitale, Sapporo, a d’ailleurs hébergé les premiers Jeux olympiques d’hiver d’Asie en 1972. La neige, garantie chaque année, y est particulièrement sèche et légère, des aspects très recherchés par les amateurs de ski. Les thermes traditionnels y sont aussi nombreux que variés, favorisés par l’environnement volcanique qui confère des propriétés curatives diverses. Les onsen en plein air (rotenburo) offrent un contraste unique entre l’air glacial et la chaleur des bains. Bien que dépaysante, l’île est donc bien imprégnée de la culture japonaise présente dans le reste de l’archipel. Ainsi, les festivals n’y font pas exception. L’un d’entre eux expose de spectaculaires sculptures de glace ou de neige dignes de scènes de fantaisie, au milieu de l’hiver. Le plus célèbre est sûrement le Yuki Matsuri de Sapporo, dont les créations peuvent atteindre plus d’une dizaine de mètres de haut, et représentent des personnages ou monuments historiques ou culturels. Des célébrations Aïnous s’y tiennent également, s’accompagnant de danses et de musique traditionnelles, pour honorer leurs dieux, les kamui.


Mais Hokkaido, ce n’est pas seulement une destination d’hiver. La préfecture est aussi réputée pour ses champs de fleurs à perte de vue. Lavandes à Furano, tournesols à Hokuryu, coquelicots à Biei, tulipes à Kamiyubetsu, les couleurs de l’été s’assemblent sur de vastes hectares aux quatre coins de l’île, formant un panorama éclatant, invitant à la contemplation. Une immersion dans la nature, loin des grandes mégalopoles, qui s’apprécie aussi au rythme lent de la vie à Hokkaido. Parmi leurs compatriotes, les habitants ont la réputation d’être détendus, patients et accueillants, une personnalité qui se serait forgée au gré des conditions difficiles imposées par le climat et l’environnement, et les grandes étendues sauvages qu’il faut traverser pour rejoindre deux villes. Et comment parler d’une région du Japon sans évoquer sa gastronomie. La bière éponyme de Sapporo s’exporte dans le monde entier. Fondée en 1876, au prémices de la colonisation du territoire, elle accompagne somptueusement les repas consistants et revigorants du nord. Ceux-ci comportent bien sûr de nombreux fruits de mer : coquilles Saint-Jacques, crabes, oursins ou saumon. D’autres plats s’y distinguent aussi : le ramen de Sapporo, qui a popularisé le bouillon de miso, propose une garniture à base de beurre et de maïs. Enfin, parmi les mets plus rares et inattendus, il est possible de déguster de la viande d’ours à certaines occasions.
Décrite comme très riche et savoureuse, on peut la faire griller ou la proposer en fines tranches dans un bouillon. L’ours brun d’Hokkaido, aussi appelé Higuma, a été chassé sur ces terres depuis des siècles, par les Aïnous, mais aussi par les colons japonais sous les ères Edo et Meiji. Aujourd’hui, l’espèce est régulée et compte plus de dix mille individus, et des attaques sont parfois recensées, comme cette année, appelant à une vigilance renforcée et des mesures pro-actives de la préfecture. On retrouve notamment ces ours sur la montagne emblématique de la préfecture: le mont Yotei, aussi parfois nommé Ezo Fuji, à cause de ses similitudes : il trône seul au milieu des plaines, avec une forme ressemblant à s’y méprendre à la montagne sacrée de l’archipel. Bien qu’il soit deux fois moins haut, culminant à une altitude de 1898 mètres, il offre une vue panoramique sur les alentours à ceux qui trouveront les ressources pour le gravir. Il est à l’image d’Hokkaido : rude, isolé, mais s’y aventurer ouvre la porte à d’incroya-bles récompenses. Bien qu’éloigné du centre de l’archipel, c’est un détour qui ne laissera aucun regret. Nathan FLORENT







