LES MATSURI D'ETE AU JAPON

Les matsuri d’été au Japon
L’art de célébrer l’été
Les inoubliables matsuri d’été au Japon
Après la pluie vient le beau temps. Au Japon, cet adage prend son sens d’une manière extrême : les averses du début de l’été laissent place à une chaleur humide et suffocante. C’est une saison très rude, mais avec une atmosphère unique. Les festivals, ou matsuri, pullulent à cette période, et sont un moyen d’affronter la température élevée tout en célébrant la fin des pluies. C’est une saison empreinte d’une certaine nostalgie, avec ses lanternes, éventails, et feux d’artifice. Le coucher de soleil à sept heures rend la soirée bien plus agréable, c’est donc le moment idéal pour sortir en famille, en couple ou entre amis, et profiter des festivités en portant le traditionnel yukata, un kimono léger destiné à ces occasions. Parmi les festivals d’été, l’un des plus renommés est Obon. Le pays entier célèbre le retour des esprits des défunts dans leur foyer au milieu du mois d’août. Contrairement à ce que cela pourrait évoquer, c’est un moment chaleureux, joyeux, et très animé. C’est un exemple de la vie religieuse au Japon, un mélange harmonieux entre traditions bouddhistes et shintoïstes, rendu vivant par cet événement. Obon est une explosion d’émotions et de souvenirs inoubliables. Les familles se rassemblent dans leur village natal, nettoient les tombes, préparent des offrandes, et guident les ancêtres en allumant des lanternes, qu’elles laissent parfois dériver sur l’eau. Puis, l’on danse le Bon Odori toute la nuit pour accompagner les esprits au rythme des tambours, en cercle autour d’une tour appelée Yagura.


Cet événement est omniprésent sur tout le territoire, des grandes villes aux petits villages de campagne. A la fin des festivités, des feux sont allumés pour raccompagner les morts vers l’au-delà. Ces feux permettent aussi de clôturer l’Obon, au cours duquel la frontière entre les mondes des vivants et des morts est étroite. Ce dernier instant, l’Okuribi, prend une ampleur unique à Kyoto, où des idéogrammes de feu immenses apparaissent sur les montagnes. C’est le Gozan no Okuribi, un spectacle impressionnant, reflet de rites protecteurs très anciens.
Des matsuri à foison
Et ce n’est qu’un festival parmi tant d’autres. L’on pourrait aussi citer Tanabata, une nuit durant laquelle deux étoiles peuvent symboliquement se rejoindre pour un court moment. Les japonais écrivent alors des vœux sur des tanzaku, bandes de papier colorées, qu’ils accrochent à des branches de bambou. Les boules de lumière sur la rivière Yodogawa à Osaka forment cette nuit-là un paysage magnifique. On trouve également beaucoup de festivals associés aux villes, comme le Gion matsuri à Kyoto, ou le Tenjin matsuri à Osaka. Lors de ces évènements, des reliques shintoïstes sont transportées dans toute la ville par une procession rythmée par les tambours taiko et les danses. Beaucoup de japonais se rassemblent pour y assister. Les routes sont ainsi réservées aux piétons, et certains montent même sur les toits pour observer les feux d’artifice. Les paysages urbains et les sanctuaires se transforment, deviennent soudainement animés par les foules et les discussions. Le quotidien s’efface et laisse place aux festivités, les distances sociales s’amenuisent, les barrières habituelles disparaissent.
Un très bon exemple de ces villes métamorphosées est le Nebuta matsuri dans la préfecture d’Aomori. Ce festival se distingue par les couleurs éclatantes de ses chars lumineux, qui représentent des guerriers ou des personnages légendaires, parfois dramatiques. Les structures de grande taille sont déplacées dans les rues, et l’on retrouve les taiko, ainsi que les haneto, danseurs parés d’une tenue toute aussi rayonnante, qui interagissent avec le public.
Yatai et hanabi, des incontournables
L’ambiance des matsuri ne se contente pas de satisfaire les yeux et les oreilles. Elle se ressent jusque dans les odeurs et les saveurs, dans les rues remplies de jeux et de yatai (stands de nourriture), que l’on retrouve à cette occasion dans tout l’archipel. Takoyaki (boulettes de poulpe), yakisoba (nouilles sautées), kakigôri (glaces pilées), choco banana, yakitori (brochettes de poulet), karaage (poulet frit), ou encore taiyaki (gâteau fourré au haricot rouge) sont autant de spécialités qui peuvent y être dégustées. Tous ces plats sont facilement partageables, et peuvent être mangés debout, tout en profitant de l’atmosphère encore chaude du début de soirée. Pour les jeux, il y a également des grands classiques : le kingyo sukui consiste à attraper des poissons rouges avec une petite épuisette en papier qui se déchire facilement ; il y a aussi le shateki (tir à la carabine), le wanage (lancer d’anneaux), et parfois même des maisons hantées. Le tout, sous la douce lumière des lampions.


Les feux d’artifices, ou hanabi, s’ajoutent à la fête. Ils sont parfois même l’événement principal d’un festival, comme lors des hanabi taikai. Autrefois, lorsqu’ils illuminaient le ciel, on entendait parfois crier “Tamaya !” ou “Kagiya !”. Bien que cette tradition se perde aujourd’hui, elle demeure encore très connue même chez les jeunes. Ces noms étaient ceux des deux grandes familles spécialistes des spectacles pyrotechniques durant l’ère Edo. Les Japonais scandaient le nom de leur famille favorite afin de l’encourager et de montrer leur admiration. De nos jours, on peut retrouver cette tradition dans certains films ou dessins animés. L’audiovisuel japonais retranscrit à merveille l’ambiance estivale de ces matsuri et de la saison en général. On peut citer “Your name.” (Makoto Shinkai, 2016), ou “Summer Wars” (Mamoru Hosoda, 2009) qui est un film très apprécié au début de l’été. Dans beaucoup d’œuvres, les matsuri reviennent épisodiquement, car ils sont un symbole très expressif du natsukashii (nostalgie). Ces festivités ne durent en effet que quelques jours. Ce sont des moments très éphémères, et pourtant, ils ravivent chaque année ce sentiment intense et saisissant. L’été est associé aux vacances, aux cigales, aux yukata, aux feux d’artifice, ou aux retrouvailles en famille, autant de souvenirs d’enfance qui refont surface lorsque l’on pense à cette saison. Le temps y semble suspendu, au point d’en faire presque oublier la chaleur. Pourtant, lorsque les lanternes des derniers matsuri s’éteignent, que les stands sont démontés, et que le quotidien et le climat reprennent leur place, toutes ces émotions semblent déjà lointaines. Bien heureusement, elles reviendront l’année suivante, inlassablement.
Nathan Florent






